
Le marché boursier fascine autant qu’il intrigue, transformant chaque jour des milliards d’euros en flux d’investissements guidés par une multitude de facteurs complexes. Comprendre les mécanismes qui déterminent l’évolution du cours d’une action représente un enjeu majeur pour tout investisseur souhaitant optimiser ses décisions financières. Entre données fondamentales, conjoncture macroéconomique et psychologie collective, les variables qui influencent la valorisation boursière s’entremêlent dans une danse perpétuelle où chaque élément peut faire basculer la tendance. Cette analyse approfondie vous permettra de décrypter les rouages de cette mécanique financière sophistiquée et de mieux appréhender les forces qui animent les marchés.
Analyse fondamentale et métriques financières déterminantes
L’analyse fondamentale constitue le socle de l’évaluation boursière, s’appuyant sur des indicateurs financiers objectifs qui reflètent la santé économique réelle d’une entreprise. Cette approche méthodique permet aux investisseurs de déterminer la valeur intrinsèque d’un titre, indépendamment des fluctuations émotionnelles du marché. Les métriques financières offrent une photographie précise de la performance opérationnelle, de la solidité bilancielle et du potentiel de croissance d’une société cotée.
Ratio cours/bénéfice (P/E) et valorisation par multiples sectoriels
Le ratio cours/bénéfice demeure l’un des indicateurs les plus scrutés par les analystes financiers. Calculé en divisant le cours de l’action par le bénéfice par action, ce multiple révèle combien les investisseurs acceptent de payer pour chaque euro de bénéfice généré. Un P/E de 15 signifie qu’il faudrait théoriquement 15 années de bénéfices actuels pour amortir l’investissement initial.
La comparaison des multiples sectoriels s’avère cruciale : un P/E de 25 peut sembler excessif dans l’industrie automobile mais parfaitement justifié dans le secteur technologique en forte croissance.
Les investisseurs utilisent également d’autres multiples comme le Price-to-Book (P/B), le Price-to-Sales (P/S) ou l’EV/EBITDA pour affiner leur analyse comparative. Ces ratios permettent d’identifier les titres potentiellement sous-évalués ou surévalués par rapport à leurs pairs sectoriels. L’évolution historique de ces multiples offre également des perspectives sur les cycles de valorisation et les opportunités d’arbitrage.
Croissance du chiffre d’affaires et marge opérationnelle EBITDA
La dynamique de croissance du chiffre d’affaires constitue un facteur déterminant dans l’appréciation boursière d’une entreprise. Une progression soutenue des revenus témoigne de la capacité de la société à conquérir des parts de marché, lancer des produits innovants ou s’implanter sur de nouveaux territoires géographiques. Les investisseurs analysent minutieusement les taux de croissance organique versus les acquisitions externes.
L’EBITDA (Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation and Amortization) mesure la rentabilité opérationnelle pure d’une entreprise. Cette métrique élimine l’impact des politiques comptables et des structures de financement pour se concentrer sur la performance industrielle. Une marge EBITDA élevée et croissante signale une excellente maîtrise des coûts et une position concurrentielle solide, fact
eur souvent interprétée comme un signal positif par le marché. À l’inverse, une érosion progressive de la marge peut alerter sur une pression concurrentielle accrue, une hausse durable des coûts de production ou un positionnement prix moins pertinent. Sur le long terme, ce sont les entreprises capables de faire croître à la fois leur chiffre d’affaires et leur marge opérationnelle qui voient généralement leur cours boursier surperformer leur indice de référence.
Endettement financier et ratio de solvabilité debt-to-equity
Le niveau d’endettement d’une entreprise influence directement la perception de risque des investisseurs et, par conséquent, son cours boursier. Le ratio debt-to-equity (dettes financières nettes sur capitaux propres) permet de mesurer l’effet de levier financier et la capacité d’une société à honorer ses engagements à long terme. Un ratio modéré traduit un équilibre sain entre financement par la dette et financement par fonds propres.
Un endettement trop élevé peut cependant devenir un facteur de fragilité, en particulier lors des phases de remontée des taux d’intérêt ou de ralentissement économique. Les charges financières viennent alors rogner la rentabilité nette, ce qui pèse sur les bénéfices par action et donc sur la valorisation boursière. À l’inverse, une structure financière peu endettée offre une marge de manœuvre appréciable pour financer des acquisitions, augmenter les dividendes ou lancer des programmes de rachat d’actions, autant d’éléments susceptibles de soutenir le cours de l’action.
Les investisseurs suivent également de près les échéanciers de remboursement de la dette et la notation de crédit attribuée par les agences spécialisées. Une dégradation de la note de crédit, synonyme de risque accru, peut entraîner un renchérissement du coût de financement et un repli du titre. Il est donc essentiel, dans toute analyse fondamentale, de ne pas se limiter aux ratios de rentabilité mais d’intégrer cette dimension de solvabilité financière.
Flux de trésorerie disponible et capacité d’autofinancement
Au-delà du résultat net, souvent influencé par des éléments comptables non récurrents, les marchés attachent une importance croissante aux flux de trésorerie disponibles (free cash-flow). Le flux de trésorerie disponible correspond à la trésorerie générée par l’activité après prise en compte des investissements nécessaires au maintien et au développement de l’outil de production. C’est, en quelque sorte, l’argent réellement « libre » pour rémunérer les actionnaires, réduire la dette ou financer de nouvelles opportunités de croissance.
Une entreprise qui génère régulièrement un free cash-flow positif et croissant dispose d’une capacité d’autofinancement appréciable, ce qui rassure les investisseurs sur la pérennité de son modèle économique. À l’inverse, des flux de trésorerie structurellement négatifs, même en présence d’un chiffre d’affaires en hausse, peuvent signaler un modèle trop consommateur de capital ou une dépendance excessive au financement externe. Dans ces situations, le marché exigera généralement une décote de valorisation pour compenser le risque supplémentaire.
Les politiques de dividendes et de rachats d’actions sont étroitement liées à cette capacité de génération de trésorerie. Une entreprise qui promet un dividende élevé sans disposer des flux de trésorerie nécessaires pour le financer sur la durée s’expose à une sanction boursière en cas de réduction ou de suspension de ce dividende. Pour l’investisseur, suivre l’évolution du free cash-flow par action sur plusieurs exercices constitue donc un outil précieux pour anticiper la trajectoire potentielle du cours boursier.
Return on equity (ROE) et rentabilité des capitaux propres
Le Return on Equity (ROE) mesure la rentabilité des capitaux propres investis par les actionnaires. Il se calcule en divisant le résultat net par les capitaux propres et indique la capacité de l’entreprise à transformer l’argent des actionnaires en profits. Un ROE élevé et stable est souvent interprété comme le signe d’un avantage concurrentiel durable (moat) et d’un management efficient dans l’allocation du capital.
Toutefois, un ROE très élevé peut parfois être le résultat d’un effet de levier excessif, c’est-à-dire d’un niveau de dette important qui gonfle artificiellement la rentabilité des fonds propres. Il est donc crucial de toujours analyser le ROE en parallèle des ratios d’endettement. Les investisseurs avisés comparent également le ROE d’une entreprise à la moyenne de son secteur et à son propre historique sur 5 à 10 ans afin de détecter d’éventuels changements structurels.
Sur le marché boursier, les sociétés qui affichent de façon récurrente un ROE supérieur à la moyenne de leur secteur sont souvent récompensées par des multiples de valorisation plus élevés. À long terme, cette surperformance se reflète fréquemment dans l’évolution du cours de l’action, en particulier lorsque le management parvient à réinvestir ces profits rentables dans des projets de croissance créateurs de valeur. Pour l’investisseur de long terme, le ROE constitue ainsi un repère central pour sélectionner les entreprises les plus à même de faire croître durablement la valeur de son portefeuille.
Facteurs macroéconomiques et conjoncture des marchés financiers
Au-delà des fondamentaux propres à chaque entreprise, le cours boursier d’une action évolue également au rythme de la conjoncture économique et des grandes décisions de politique monétaire. Les indices comme le CAC 40 ou l’Eurostoxx 600 reflètent cette dimension macroéconomique : lorsqu’ils corrigent brutalement, même les sociétés les plus solides peuvent voir leur valorisation reculer. Comprendre ces forces globales permet d’éviter de confondre une baisse liée au contexte général avec une détérioration spécifique des fondamentaux d’un titre.
Politique monétaire de la BCE et évolution des taux directeurs
En zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) joue un rôle déterminant dans l’évolution des marchés actions via ses décisions sur les taux directeurs et ses programmes de rachat d’actifs. Des taux bas et des politiques monétaires accommodantes favorisent en général la hausse des cours boursiers : le coût du crédit diminue, les entreprises se financent plus facilement, et les placements obligataires offrent des rendements moins attractifs, ce qui redirige l’épargne vers les actions.
À l’inverse, une phase de resserrement monétaire, marquée par des hausses successives des taux, peut peser sur les marchés actions. Les anticipations de profits futurs sont alors actualisées à un taux plus élevé, ce qui réduit mécaniquement la valeur théorique des entreprises, en particulier celles dont la croissance est attendue loin dans le temps (valeurs dites de croissance). Vous vous demandez pourquoi certains secteurs corrigent plus violemment que d’autres lors de ces phases ? C’est précisément parce que leur sensibilité aux taux varie fortement selon leur modèle économique.
Les investisseurs suivent donc de près les conférences de presse de la BCE, ainsi que les projections d’inflation et de croissance publiées chaque trimestre. Un changement de ton jugé plus « restrictif » ou « accommodant » peut déclencher en quelques minutes des mouvements importants sur les indices et sur les actions les plus sensibles aux taux, comme les banques, les foncières cotées ou les valeurs technologiques.
Inflation et impact sur les secteurs cycliques versus défensifs
Le niveau d’inflation influence directement la valorisation boursière en modifiant le pouvoir d’achat des ménages, les coûts de production et, in fine, les marges des entreprises. Une inflation modérée, accompagnée d’une croissance solide, est généralement bien tolérée par les marchés actions. En revanche, une flambée durable des prix, comme celle observée en Europe entre 2022 et 2023, crée des tensions sur les profits et renforce les anticipations de hausses de taux, ce qui peut entraîner une correction des cours.
Les secteurs dits cycliques (automobile, luxe, construction, loisirs) sont souvent plus sensibles à ces variations, car la demande pour leurs produits évolue en fonction du cycle économique et du pouvoir d’achat disponible. En période de forte inflation et de ralentissement, les ménages reportent ou réduisent leurs achats discrétionnaires, ce qui se répercute sur le chiffre d’affaires et le cours boursier de ces entreprises. À l’inverse, les secteurs défensifs (santé, alimentation, services aux collectivités) profitent d’une demande plus stable, leurs produits et services restant indispensables quelles que soient les conditions économiques.
Pour un investisseur particulier, arbitrer entre valeurs cycliques et défensives en fonction du régime d’inflation anticipé peut devenir un levier stratégique important. En phase de tension sur les prix, privilégier des entreprises capables de répercuter rapidement la hausse de leurs coûts sur leurs prix de vente, grâce à un fort pouvoir de fixation des prix, permet souvent de mieux résister à la volatilité boursière. Cette rotation sectorielle, bien maîtrisée, peut contribuer à lisser la performance globale d’un portefeuille.
Fluctuations du PIB et corrélation avec les indices CAC 40 et eurostoxx 600
La croissance du Produit intérieur brut (PIB) constitue un baromètre central pour les marchés financiers. À long terme, la valeur d’une entreprise étant la somme actualisée de ses bénéfices futurs, il existe une corrélation structurelle entre la trajectoire du PIB et celle des indices boursiers comme le CAC 40 ou l’Eurostoxx 600. Lorsque les perspectives de croissance sont revues à la hausse, les anticipations de profits progressent et les cours des actions ont tendance à s’apprécier.
Cependant, cette relation n’est ni immédiate ni parfaitement linéaire. L’histoire récente l’a montré : après le choc lié à la crise sanitaire de 2020, les indices européens ont rebondi bien plus vite que le PIB, anticipant très en amont la reprise économique et l’ampleur des plans de relance. À l’inverse, il n’est pas rare que la bourse corrige en amont d’un ralentissement confirmé dans les statistiques, les investisseurs intégrant dans les cours leurs anticipations de révision des bénéfices.
Sur le plan pratique, suivre les publications de croissance trimestrielle, mais surtout les révisions de prévisions des institutions (FMI, OCDE, Commission européenne) aide à comprendre certains mouvements brusques des indices. Lorsque les prévisions de croissance mondiale sont abaissées, les secteurs exportateurs et les groupes très internationaux du CAC 40 sont souvent les premiers à voir leur cours boursier corrigé, même si leurs résultats actuels restent solides.
Tensions géopolitiques et volatilité des matières premières
Les chocs géopolitiques (conflits armés, sanctions économiques, tensions commerciales) constituent des facteurs exogènes pouvant déclencher une forte volatilité sur les marchés actions. Ils impactent notamment le prix des matières premières stratégiques comme le pétrole, le gaz ou certains métaux industriels essentiels. Une envolée du prix de l’énergie, par exemple, renchérit les coûts de production d’une multitude de secteurs, comprimant leurs marges et pesant sur leurs cours boursiers.
Les entreprises exportatrices sont également exposées aux risques de sanctions commerciales, de perturbation des chaînes d’approvisionnement ou de dévaluation de certaines monnaies. À l’inverse, certaines valeurs dites « refuges » (défense, énergie, or, services aux collectivités) peuvent profiter de ces périodes d’incertitude. C’est un peu comme une mer agitée : si l’ensemble de la flotte est secouée, certains navires mieux construits et mieux préparés encaissent mieux la tempête que d’autres.
Pour l’investisseur, il est illusoire de vouloir anticiper précisément chaque événement géopolitique. En revanche, prendre en compte l’exposition géographique et sectorielle de ses lignes, diversifier ses positions et éviter une concentration excessive sur des zones à risque permettent d’amortir l’impact de ces chocs sur la valeur globale du portefeuille. Les couvertures via certaines matières premières ou secteurs défensifs peuvent également contribuer à réduire la sensibilité globale aux tensions géopolitiques.
Psychologie des investisseurs et dynamiques comportementales
Si les modèles théoriques supposent souvent des investisseurs parfaitement rationnels, la réalité des marchés boursiers est profondément marquée par les émotions, les biais cognitifs et les effets de groupe. La psychologie des investisseurs peut amplifier des mouvements de cours initialement modestes, transformant une simple nouvelle en véritable tendance haussière ou baissière. Comprendre ces mécanismes comportementaux est essentiel pour ne pas se laisser emporter par le courant et pour mieux interpréter la dynamique d’un cours boursier.
Effet momentum haussier et phénomène de FOMO institutionnel
L’effet momentum décrit la tendance d’une action à poursuivre sa trajectoire récente, à la hausse comme à la baisse. Lorsqu’un titre enchaîne plusieurs séances positives, attirant l’attention des analystes et des médias, de nouveaux investisseurs se positionnent, renforçant la tendance. Ce phénomène est souvent alimenté par la FOMO (Fear Of Missing Out), c’est-à-dire la peur de rater une opportunité de gain significatif, qui ne touche pas seulement les particuliers mais aussi certains investisseurs institutionnels soumis à des objectifs de performance.
Vous avez déjà vu une action s’envoler de plus de 20 % en quelques jours sans nouvelle fondamentale majeure ? Il s’agit souvent d’une combinaison de momentum technique, de flux spéculatifs et de repositionnement forcé de certains gérants qui ne veulent pas rester à l’écart d’une valeur en vogue. À court terme, ces dynamiques peuvent pousser le cours bien au-delà de sa valeur intrinsèque estimée, créant un risque accru de correction ultérieure lorsque l’enthousiasme se normalise.
Pour éviter de subir ces excès, il peut être utile de se fixer en amont des niveaux d’entrée et de sortie basés sur des critères fondamentaux, plutôt que de céder à l’urgence du moment. L’effet momentum n’est pas forcément à fuir : bien maîtrisé, il peut être intégré à une stratégie d’investissement, mais il doit toujours être mis en perspective avec l’analyse des fondamentaux de l’entreprise.
Ventes de panique et capitulation des investisseurs particuliers
À l’opposé de la FOMO, les phases de ventes de panique se caractérisent par une vague de cessions massives déclenchées par la peur de pertes supplémentaires. Lorsque les indices corrigent brutalement, de nombreux investisseurs particuliers, parfois peu expérimentés, préfèrent « couper » leurs positions à n’importe quel prix pour protéger leur capital. Cette capitulation, souvent irrationnelle au regard des fondamentaux, peut entraîner des dislocations temporaires entre la valeur intrinsèque d’un titre et son cours de marché.
Ces épisodes sont fréquemment associés à des événements marquants : annonces de crise financière, faillite d’un grand établissement, choc géopolitique, ou encore profit warning majeur. Sur les carnets d’ordres, on observe alors un assèchement de la liquidité à l’achat, ce qui accentue la baisse des prix. Comme dans un théâtre où tout le monde tenterait de sortir par la même porte en même temps, le mouvement de foule devient lui-même le principal moteur de la chute des cours.
Pour l’investisseur de long terme, ces phases de panique peuvent paradoxalement constituer des opportunités d’achat, à condition de disposer de liquidités disponibles et d’une conviction forte sur les fondamentaux de la société. Se doter de règles de gestion du risque, comme des seuils de perte maximum ou une diversification sectorielle rigoureuse, permet également de réduire la probabilité de capituler sous la pression émotionnelle.
Biais de confirmation et analyse technique par support-résistance
Le biais de confirmation pousse chacun de nous à privilégier les informations qui confortent nos convictions existantes et à sous-estimer celles qui les contredisent. En bourse, ce biais se traduit par une tendance à ne lire que les analyses favorables à une action que l’on détient déjà, ou à ignorer les signaux d’alerte issus des résultats ou de la concurrence. Ce filtre inconscient peut conduire à conserver trop longtemps un titre dont les fondamentaux se dégradent, au détriment de la performance du portefeuille.
Parallèlement, de nombreux investisseurs complètent leur analyse fondamentale par une approche d’analyse technique, notamment à travers les niveaux de support et de résistance. Un support représente une zone de prix où la demande historique est suffisamment forte pour freiner ou stopper une baisse, tandis qu’une résistance est une zone où l’offre tend à prendre le dessus. Ces niveaux, visibles par tous sur les graphiques, deviennent parfois des prophéties autoréalisatrices : plus ils sont observés, plus ils influencent effectivement le comportement des intervenants.
La combinaison de ces deux dimensions – biais de confirmation et repères techniques – peut renforcer certaines tendances. Par exemple, un investisseur convaincu du potentiel d’une valeur pourra considérer chaque rebond sur un support comme une preuve supplémentaire de la justesse de son analyse, alors même que les fondamentaux se détériorent. Être conscient de ces mécanismes permet de prendre du recul, de confronter régulièrement ses convictions aux faits et d’éviter de s’enfermer dans une vision trop univoque d’un titre.
Volume transactionnel et impact des algorithmes haute fréquence
Le volume des échanges fournit une information précieuse sur la force d’un mouvement de cours. Une hausse ou une baisse accompagnée de volumes importants traduit une conviction partagée par un grand nombre d’intervenants, alors que des variations sur de faibles volumes peuvent refléter un marché plus fragile et plus facilement manipulable. Les traders et investisseurs professionnels surveillent donc attentivement ces données pour confirmer ou non la validité d’une tendance.
Depuis une quinzaine d’années, l’essor du trading à haute fréquence (HFT) et des algorithmes a profondément modifié la microstructure des marchés. Ces programmes exécutent en quelques microsecondes des milliers d’ordres visant à exploiter de minuscules écarts de prix, à fournir de la liquidité ou à arbitrer entre différents marchés. Leur présence peut accentuer la volatilité à très court terme, notamment lors de publications de résultats ou d’annonces macroéconomiques, où les algorithmes réagissent instantanément aux mots-clés détectés dans les dépêches.
Pour l’investisseur particulier, il est illusoire de chercher à rivaliser avec ces acteurs ultra-rapides sur l’horizon de la seconde ou de la minute. En revanche, comprendre que certains mouvements intrajournaliers violents peuvent être amplifiés par ces mécanismes aide à relativiser les fluctuations courtes et à se concentrer sur l’horizon d’investissement pertinent pour sa stratégie. En d’autres termes, mieux vaut regarder la trajectoire globale du navire que les remous de chaque vague.
Communications corporate et événements catalyseurs
Les communications officielles des entreprises cotées constituent un flux d’informations structurant pour l’évolution de leur cours boursier. Résultats trimestriels, perspectives annuelles, annonces stratégiques ou opérations financières majeures peuvent agir comme de véritables catalyseurs, déclenchant des réévaluations rapides de la valeur par le marché. Chaque publication représente une occasion pour les investisseurs de confronter leurs attentes à la réalité, ce qui peut engendrer de fortes variations de prix.
Les publications de résultats, en particulier, sont scrutées sous trois angles : la performance passée (chiffre d’affaires, marge, bénéfice par action), les perspectives futures (guidance) et les commentaires qualitatifs du management. Une entreprise peut parfaitement publier un bénéfice en hausse tout en voyant son action chuter si ces chiffres sont inférieurs aux attentes du consensus ou si les perspectives sont jugées prudentes. À l’inverse, des résultats meilleurs que prévu, accompagnés d’un relèvement des objectifs, peuvent propulser le titre à la hausse.
D’autres événements corporate jouent également un rôle clé : lancement d’une OPA/OPR, cession d’actifs non stratégiques, nomination d’un nouveau dirigeant réputé, annonce d’un vaste plan de restructuration ou d’investissements massifs dans une nouvelle technologie. Chacun de ces éléments peut modifier la perception du profil de risque-rendement du titre. Sur le plan pratique, se tenir informé du calendrier des publications (agenda financier) et lire attentivement les communiqués de presse est indispensable pour comprendre les variations parfois brutales d’un cours boursier autour de ces dates.
Analyse sectorielle et positionnement concurrentiel stratégique
Une action ne s’analyse jamais en vase clos : elle s’inscrit toujours dans un secteur d’activité aux dynamiques propres, soumis à des tendances structurelles, à une réglementation spécifique et à une intensité concurrentielle plus ou moins forte. Deux entreprises affichant des ratios financiers similaires peuvent connaître des trajectoires boursières très différentes selon qu’elles opèrent dans un secteur en croissance structurelle (énergies renouvelables, numérique, santé) ou dans un secteur mature voire en déclin (imprimerie, certains segments des télécoms fixes, etc.).
L’analyse sectorielle vise à comprendre ces forces de fond : évolution de la demande, innovations technologiques, barrières à l’entrée, pouvoir de négociation des clients et des fournisseurs, risques réglementaires. Un groupe bien positionné sur un segment de marché en expansion, avec un avantage compétitif clair (marque forte, technologie propriétaire, coûts de production inférieurs), disposera d’un potentiel de croissance de ses bénéfices supérieur à celui d’un acteur sans différenciation dans un secteur saturé. Les marchés boursiers ont tendance à récompenser ces leaders sectoriels par des multiples de valorisation plus généreux.
Le positionnement concurrentiel stratégique se traduit également par la capacité d’une entreprise à défendre ou à gagner des parts de marché, à maintenir ses marges face à la concurrence et à investir au bon moment sur les relais de croissance de demain. Pour l’investisseur, comparer systématiquement une entreprise à ses principaux concurrents – en termes de croissance, de rentabilité, d’endettement et d’innovation – permet d’identifier celles qui sont les mieux armées pour créer de la valeur à long terme. C’est un peu comme choisir un coureur pour un marathon : au-delà de sa condition actuelle, on s’intéresse à son endurance, à sa stratégie de course et à sa capacité à accélérer au bon moment.
Liquidité du titre et microstructure des carnets d’ordres
La liquidité d’une action, c’est-à-dire la facilité avec laquelle elle peut être achetée ou vendue sans provoquer de variation excessive de son prix, constitue un facteur souvent sous-estimé par les investisseurs particuliers. Un titre très liquide, présent dans de grands indices comme le CAC 40, bénéficie d’un flux constant d’ordres d’achat et de vente, ce qui permet d’entrer ou de sortir de position rapidement et à un prix proche du dernier cours coté. À l’inverse, une valeur peu échangée peut connaître des écarts de prix importants entre deux transactions.
La microstructure du carnet d’ordres – qui recense en temps réel les quantités et les prix de toutes les intentions d’achat et de vente – est au cœur de la formation du cours boursier. En cotation continue, le prix d’une action se fixe à la rencontre de la meilleure offre d’achat (bid) et de la meilleure offre de vente (ask). L’écart entre ces deux niveaux, appelé spread, reflète en partie la liquidité du titre : plus le spread est étroit, plus le marché est profond et compétitif.
Pour un investisseur, consulter le carnet d’ordres avant de passer un ordre important permet d’évaluer l’impact potentiel de son opération sur le cours. Sur des valeurs moyennes ou petites, un ordre de taille significative passé « au marché » peut entraîner un décalage de prix non négligeable, ce qui renchérit le coût réel de la transaction. Privilégier des ordres à cours limité et fractionner ses exécutions sont deux bonnes pratiques pour limiter cet effet, surtout lorsque la liquidité est restreinte.
Enfin, la liquidité influence également la prime de risque exigée par le marché : à fondamentaux identiques, une action très liquide sera généralement valorisée plus généreusement qu’une action illiquide, car elle offre une plus grande flexibilité de sortie. Intégrer cette dimension dans sa sélection de titres permet de mieux ajuster son horizon de placement et d’éviter les situations où l’on se retrouve « piégé » dans une valeur faute d’acheteurs en face au moment voulu.